CETTE JOURNÉE PONCTUE LE BICENTENAIRE de la naissance de Ulysses S. Grant, général et homme d’État américain, né Hiram Ulysse Grant le 27 avril 1822 à Point Pleasant, dans l’État de l’Ohio. L’ainé de 3 fils et 3 filles fut élevé dans une famille pauvre, forcé de s’en séparer et de travailler dès son plus jeune âge. Ses parents, Jesse Root Grant et Hanna Simpson, des méthodistes à la sauce américaine, s’abstenaient de jouer aux cartes ou de danser et ne permettaient pas à leurs enfants de twister ou de jurer.

Abolitionniste connu pour son franc-parler, Jesse se vantait souvent de son fils, le présentant « mon Ulysse ». La venue au monde de ce premier-né se fit longuement attendre et la tradition voulait que le choix du prénom relève d’un implacable arbitrage. Les familles paternelles et maternelles s’évertuaient à placer leur patronyme. Si bien que plusieurs semaines après la naissance, les parents n'avaient toujours pas trouvé de consensus. Des prénoms potentiels furent écrits sur des bouts de papier et déposés dans un chapeau. La mère exprima des réserves sur ce procédé, le jugeant peu civilisé. Cependant, la perspective d’allaiter un jour de plus un bébé anonyme eut raison de son scepticisme. Le nom Ulysse fut tiré par une main innocente, lui-même tiré d’un livre de la famille, un roman du poète français François Fénélon, Les aventures de Télémaque. La France venait de vendre la Louisiane 18 ans plus tôt mais l’honneur était sauf, un poète français baptisait du nom de son héros le futur président américain. Sentant poindre l’ire maternelle, Jesse déclara que le nom de son fils serait Hiram Ulysse Grant.


À un âge précoce, Ulysse fut convaincu de travailler dans la tannerie paternelle, mais il ne fallut pas longtemps avant qu’il exprime une forte aversion pour la pratique. Alors qu’il avait 17 ans, un éminent avocat ami de la famille le fit nommer à son insu à l’Académie militaire de West Point sous le nom de Ulysses S. Grant, écrit par erreur ou devinant sans doute un destin historique pour l’adolescent. Car ses futurs condisciples ne tardèrent pas à l’affubler du sobriquet Sam ou parfois United States que ne manquait pas d’inspirer le nom U.S. Grant.


En 1843, Sam décrocha de West Point un diplôme et une réputation d’excellent cavalier en établissant un record en saut d'obstacles qui ne fut battu que 25 ans plus tard, si l’on ne tient pas compte de ceux, nombreux, semés tout au long de sa carrière militaire et politique. Le jeune soldat et sa monture furent affectés près de Saint-Louis dans le Missouri d’où ils s’échappaient régulièrement, lors de permissions, pour retrouver, à brides abattues, la sœur d’un ancien camarade d’Académie. Après 4 années de secrètes fiançailles, Ulysse épousa le 22 août 1848 dans la maison de ses parents à Saint-Louis Julia Dent qui donnera naissance à 4 enfants. Mais Jesse, un ardent et fier abolitionniste, n’assista pas à leur mariage, non pas parce qu’il n’aimait pas Julia, mais parce que son père, Fredrick Dent, possédait des esclaves.


La solde militaire se révéla rapidement insuffisante pour soutenir sa famille. Aussi Ulysse se lança dans les affaires pour se faire escroquer par un sulfureux partenaire. Il gagna en retour un nouveau sobriquet de la part de son père que le respect pour le futur homme d’État nous oblige à taire. Affecté par ses déboires financiers, il le fut derechef par l’armée sur la côte ouest, où bientôt, rencontrant des difficultés avec son commandant, une rumeur circula relative à une consommation prétendument carabinée d’alcool. Il eut alors le choix entre démissionner de l’armée ou faire face à la cour martiale. Son père tenta de lui éviter l’une et l’autre, mais ses larmoyants courriers au département de la guerre restèrent sans effet.


Par la suite, Jesse Grant ouvrit un magasin de maroquinerie à Galena, dans le nord de l’Illinois, dans l’espoir de voir ses 3 fils s’y installer et s’offrir une retraite méritée. La boutique, installée sur Main Street dans un immeuble en brique, dont la vitrine était garnie de selles et de bottes fantaisistes, vendait des harnachements et autres articles en cuir. L’auteur de ces lignes, lui-même, y vécut dans la rue au-dessus, North Bench Street, et convola en justes noces en 1992, dans le belvédère de Grant Park, à l’ombre de la statue bienveillante d’Ulysse et d’un canon de la Guerre de Sécession.

Jesse Grant, âgé de 60 ans, se retira de l'entreprise et passa les reines à ses trois fils, Samuel, Orvil et bientôt Ulysse. Après avoir démissionné de l’armée et échoué dans l’agriculture et dans plusieurs entreprises commerciales, Ulysse se tourna vers son père et accepta un poste de commis au magasin de Galena. La guerre civile approchant, le magasin devenait un foyer où l’on se tannait le cuir entre d’un côté Jesse et ses fils Samuel et Orvil, tous de fervents républicains, et de l’autre, leur Ulysse qui avouait des penchants démocrates. La guerre nivellera bientôt les différences et dès les premiers échauffourées, il se réengagea rapidement dans l’armée, répondant à l’appel du président Lincoln pour 75 000 volontaires. Faisant naturellement une forte impression sur les recrues, il fut promu colonel avec le soutien du représentant de l’Illinois, son ami de Galena Elihu B. Washburne, le 14 juin 1861 et affecté au 21e régiment d’infanterie volontaire de l’État. Prenant le commandement de grandes batailles, il fut promut Général commandant de l’armée des États-Unis par le président Lincoln, avec autorité sur toutes les armées de l’Union. Ses victoires décisives contribuèrent à la victoire de Lincoln lors de son second mandat en 1865.


Le 14 avril de cette année-là, 5 jours après la reddition de l’Armée de Virginie du Nord marquant la fin de la guerre civile, Lincoln fut mortellement blessé par un sympathisant confédéré, John W. Booth et mourut le lendemain matin. L’assassinat faisait partie d'un complot visant à éliminer des représentants nordistes. Grant avait participé à une réunion du Cabinet le 14 avril et Lincoln l’avait invité ainsi que son épouse à l’accompagner au théâtre Ford ; le couple déclina la proposition car il avait l’intention de se rendre à Philadelphie. Cela lui sauva probablement la vie car Booth avait prévu de poignarder le général après avoir abattu le président avec son pistolet. Lors des funérailles du 19 avril, Grant ne cacha pas ses larmes et déclara : « il fut incontestablement le plus grand homme que j’ai jamais rencontré ».


En 1865, Galena accueillit le lieutenant-général chez lui avec une fierté égalée seulement par celle de son père. Lorsqu’une suggestion lui avait été faite au sujet de la Maison-Blanche, il avait fait remarquer qu’il n'aspirait pas à être Président, mais qu'il préférait devenir maire de Galena, et d’y voir la construction de trottoirs, dont l’absence l’avait quelque peu chagriné. Aujourd’hui, Galena peut aussi être fière de ses trottoirs, ce que ne manqua pas d’illustrer la Gazette de Galena. La nouvelle n’avait pas dû échappé à Ulysse avant son arrivée, lui qui ne lisait aucune autre feuille. Un train spécial transportant le général Grant partit de Chicago à 8 heures 30 avec pour tout billet de voyage son portrait accroché sur la locomotive. La foule salua le passage du train et la gare de Marengo avait fait dresser un arc de triomphe fleuri en travers de la voie. Devait-on y voir un clin d’œil de l’Histoire ? Un autre arc de triomphe, de pierre celui-là, allait être érigé à Paris après la bataille de Marengo en Italie, par un général fier d’y voir graver ses propres victoires.

Galena ne fut atteinte qu’en milieu d’après-midi. Le stratège devait penser qu’à ce rythme, il aurait perdu la guerre, lorsque des hourras ! et des coups de fusils le firent sortir de sa torpeur. Au niveau de De Soto House, une grande arche végétale taillée et décorée avec goût, enjambait Main Street. De part et d’autre de l’arc étaient accrochées des pancartes lisant « Bienvenue à notre citoyen » et les noms des nombreuses batailles du vainqueur. Plus loin une autre arche portait l'inscription « Général, le trottoir est construit ». Les rues étaient bondées de citoyens et de visiteurs, parmi lesquels le saluèrent ses soldats. Son ami de Galena Washburn lui souhaita la bienvenue, puis l’orchestre de la ville fit retentir les cuivres et les caisses avant de laisser Ulysse et son épouse gagner leur maison par les trottoirs qu’il avait prévu de faire construire. Une belle résidence, cadeau de ses habitants, les attendait ainsi qu’une parure de bijoux créée par un joailler de New York et destinée à Julia. Une corbeille de bienvenue qui allait anticiper une sulfureuse rumeur de corruption à tout les étages gouvernementaux, seulement nuancée par celle tout aussi collante d’une large consommation de scotch.


Grant était l'un des hommes les plus populaires du pays avant l’élection présidentielle de 1868. Il fut choisi sans opposition dès le premier tour par la convention républicaine, tout en restant à Galena, laissant les discours à ses partisans comme cela était la norme à l'époque. Lorsqu'il accéda à la présidence, Grant n'avait jamais occupé de fonctions électives. Il était, à 46 ans, le plus jeune président de l'histoire. Dans son discours, Grant défendit l'adoption du 15e amendement de la Constitution garantissant les droits civiques des Afro-Américains. Il nomma son ami Elihu B. Washburne au département d'État. Washburne démissionna cependant au bout de 12 jours pour des raisons de santé ; certains ont néanmoins avancé qu'il s'agissait d'une manœuvre pour donner plus de poids à sa nomination en tant qu’ambassadeur en France. Ce qu’il fut, durant la guerre Franco-Prussienne, de 1869 à 1877, restant à Paris durant le siège et la Commune qui suivit pour ouvrir un hôpital de campagne près de son ambassade. Washburne fut un protagoniste héroïque et un témoin impartial des exactions perpétrées de part et d’autre de l’insurrection.


Le second mandat de Grant fut marqué par un profond marasme, une époque où l'économie était ouverte à la spéculation et où l’expansion vers l’ouest générait une large corruption dans l'administration. Mais Ulysse pouvait se targuer d’avoir éliminé l’esclavage, cause de la sécession, et d’avoir ramené le Sud dans l’Union. Une Union à la solidité jamais égalée ni avant sa présidence, ni après…


Ayant quitté la Maison-Blanche, Grant et sa famille entreprirent un tour du monde de 2 ans en 1877. Le couple dut affronter un dîner royal au château de Windsor avec une reine Victoria parlant une langue quasi étrangère. Ils se rendirent ensuite en Belgique, en Allemagne et en Suisse avant de revenir au Royaume-Uni où ils passèrent quelques mois avec leur fille Nellie qui avait épousé un Britannique. Grant et son épouse visitèrent la France et l'Italie et passèrent Noël 1877 à bord du sloop u.s.s. Vandalia amarré dans le port de Palerme. Après un séjour hivernal en Terre sainte, ils visitèrent la Grèce avant de revenir en Italie pour une rencontre avec le pape Léon xiii. À la suite d’un voyage en Espagne, ils se rendirent à nouveau en Allemagne ; Grant rencontra le chancelier allemand Otto von Bismarck et les deux hommes échangèrent en trinquant sur l’art de la guerre. Après une autre visite en Angleterre et en Irlande, le couple quitta l’Europe et traversa le canal de Suez en direction de l’Inde britannique. Ils se rendirent en Birmanie, au Siam, à Singapour et au Viêt Nam. À Hong Kong, Grant commença à changer d’avis sur le colonialisme en estimant que la domination britannique n’était pas « purement égoïste » mais également bénéfique pour les sujets locaux. Le couple passa ensuite par la Chine. Ulysse déclina une rencontre avec l'empereur Guangxu alors âgé de seulement 7 ans, anticipant une triste collation, mais échangea avec le régent et sa cave à vin. Au Japon, Grant rencontra l’empereur Meiji mais le couple avait le mal du pays, et réalisa qu’il avait dépensé la plus grande partie de ses économies.

Pour rendre sa situation financière plus précaire, Ulysse ne manqua pas de s’associer avec son fils, Ulysses Jr. qui avait créé une banque d’affaires, usant des mêmes talents hérités de son père. Complètement ruiné — les billets de 50 $ ne portaient pas encore son effigie — le Congrès dépité lui accorda à nouveau le grade de Général de l’armée avec retraite complète en mars 1885. Pour restaurer ses finances, il rédigea plusieurs articles qui enchantèrent les critiques au point que son ami Mark Twain lui fit accepter une proposition de sa maison d’éditions Webster & Co. pour qu’il écrive ses mémoires. Les 2 volumes du livre, intitulé Personal Memoirs of Ulysses S. Grant, terminés peu avant de passer le sabre à gauche le 23 juillet 1885, connurent un grand succès. Mais l’éditeur fit faillite quelques années après avoir fait signer Ulysse. Twain, peu rancunier, qualifia les mémoires de son ami de « chef-d’œuvre littéraire » et les compara aux Commentaires sur la Guerre des Gaules de Jules César.

par Jean-Renaud Cuaz • 29 octobre 2026
LES RENDEZ-VOUS CULTURELS DE NOVEMBRE Rencontrer, voir, lire, écouter et ne rien rater dans les semaines à venir
par Jean-Renaud Cuaz • 14 octobre 2026
1926–2026 Centenaire d’un créateur de caractères Le 14 octobre 1926 naissait à Sèvres José Mendoza y Almeida. Cent ans plus tard, ses lettres continuent de déambuler dans les livres, de composer des pages, de donner aux mots leur rythme visuel. Paradoxe du créateur de caractères : son travail est partout, mais sa signature demeure invisible au quidam. L’histoire de Mendoza est d’abord celle d’une transmission. Son père, Guillermo de Mendoza y Almeida, lui fait découvrir très tôt le dessin des lettres. Dès l’enfance, José s’intéresse à leurs formes, leurs proportions, ce qui fait qu’un caractère est reconnaissable sans cesser d’appartenir à une famille. Il ne sait pas encore que ces premières recherches annoncent une vie consacrée à l’alphabet, à ses équilibres et à ses métamorphoses. Au début des années 1950, il travaille auprès de Maximilien Vox, avant de rejoindre la Fonderie Olive, à Marseille, où il devient l’assistant de Roger Excoffon. Il y côtoie l’un des grands tempéraments de la typographie française, dans un environnement où le caractère imprimé est encore affaire de dessin, de matière et de métier. En 1959, il devient indépendant et engage une œuvre personnelle qui le conduira à collaborer avec plusieurs grandes fonderies internationales. Son premier grand caractère, le Pascal , porte la marque de cette histoire familiale. Inspiré notamment par les recherches de son père sur les formes incisées, il témoigne d’une volonté de renouer avec la tradition des lettres gravées sans se contenter de la reproduire. Mendoza ne dessine pas le passé : il cherche à lui donner un avenir. Avec le Photina , conçu pour les exigences de la photocomposition, il explore les possibilités nouvelles de la typographie de lecture. Avec l’ ITC Mendoza Roman , il développe une autre interprétation de la lettre romaine, nourrie d’une connaissance intime de ses formes humanistes, à l’instar du Messidor de Ladislas Mandel, mais en plus homogène. Ses créations témoignent d’une même recherche : trouver le point d’équilibre entre tradition et modernité, entre la personnalité du dessin et la fluidité de la lecture. Car dessiner un caractère ne consiste pas à styliser un alphabet. Il faut trouver la juste proportion entre la forme et la contre-forme, entre le noir et le blanc dans un mot, entre la singularité d’un dessin et la régularité nécessaire à la lecture. Il faut penser simultanément le détail et la page, le signe isolé et la ligne entière. Une typographie réussie est une architecture dont le lecteur éprouve l’harmonie sans nécessairement en percevoir les efforts. Mais l’œuvre de José Mendoza y Almeida ne se limite pas aux caractères qu’il a dessinés. Elle se prolonge aussi dans l’enseignement, dans la transmission d’un savoir et dans la formation de ceux qui, à leur tour, feront vivre la création typographique. Il enseigna, dans les anciens murs de l’Imprimerie nationale, rue de la Convention, à l’ANCT (Atelier national de création typographique, devenu l’ANRT) aux côtés de Ladislas Mandel. Deux personnalités, deux sensibilités réunies autour d’une même exigence : apprendre à regarder la lettre, à comprendre sa construction, son histoire et ses subtils équilibres avant de prétendre la dessiner. Et avec Peter Keller, apprendre la subtilité helvétique du graphisme typographique. Les premiers élèves à sortir de cet atelier furent notre regretté Franck Jalleau, Isabelle Durand, Ronan Le Hénaff et l’auteur de ces lignes, composées en ITC Mendoza Roman . Nous appartenions à cette première génération qui eut le privilège de recevoir cet enseignement au moment où la création typographique française s’ouvrait à de nouvelles perspectives. Au-delà des techniques et des savoir-faire, Mendoza transmettait une certaine idée du métier : la sensibilité du dessin, le respect des formes héritées, mais aussi la liberté nécessaire pour inventer celles de demain. Avec le recul, cette expérience prend une dimension particulière. On mesure mieux ce que représente la rencontre avec un maître : non pas l’apprentissage d’un style à reproduire, mais l’acquisition d’un regard. Celui qui permet de comprendre pourquoi une courbe est juste, pourquoi un espacement modifie la cadence d’un mot, pourquoi un caractère, si discret soit-il, peut changer l’éloquence et l’équilibre d’une page. La typographie est un art de la continuité que chaque génération ne cesse de réinterroger. Des caractères traversent les décennies, voire les siècles, quand plus souvent, ils n’atteignent pas l’âge adulte. À l’heure où les outils numériques permettent de produire des milliers de polices en quelques clics, cet anniversaire nous invite à retrouver le temps long du dessin typographique. Une lettre n’est jamais une forme neutre. Elle porte une mémoire, révèle une sensibilité, impose une cadence à la lecture. Elle est à la fois un objet de création et un instrument de partage. Rendre hommage à José Mendoza y Almeida, un siècle après sa naissance, c’est célébrer un artiste qui a travaillé au plus près des mots sans jamais chercher à leur voler la vedette. C’est reconnaître que le livre doit aussi sa beauté à ceux qui façonnent ses lettres, règlent ses blancs et inventent cette harmonie silencieuse. Pour ceux qui ont eu la chance de suivre son enseignement, son nom ne désigne pas seulement un créateur dont les caractères ont marqué l’histoire du livre. Il rappelle une expérience fondatrice, une manière de regarder et de penser, une exigence qui continue de nous accompagner bien après avoir quitté l’atelier.
par Jean-Renaud Cuaz • 7 octobre 2026
Quand la grande bleue, lourde et tourmentée, s’agitait au loin et qu’au-dessus, immobile et menaçant, un grain de mer orageux souillait le ciel, remontait à la surface le souvenir du naufrage de ce voilier démâté. Deux couples de plaisanciers avaient lancé un appel de détresse, rudoyés par la furie des flots. Un de ces coups de tabac qui se jouent de votre caboteur comme d’un fétu de pirogue. Il le revivait dans ces moments-là, à l’aube, quand il pensait ne pas être dérangé dans le bureau de la snsm *, au bout du môle, du moins par les visites inopinées. Il ouvrait l’armoire métallique pour en saisir le même dossier. D’où il tirait son rapport d’enquête, consigné de mots simples dépourvus d’ornements. Ses photos prises à la volée qu’il étalait sous ses yeux. Ces trois visages saisis entre deux paquets de mer hantaient ses nuits depuis ce jour. Un regard en particulier qui vient de croiser la mort, glacial, muet, qui semble vous questionner. Vous faire regretter de n’être pas arrivé plus tôt, assez tôt pour les secourir. Tous. Cette silhouette venue de nul part s’était vite aperçue qu’un des leurs manquait à bord, quand ça secouait dur, quand les drisses crissaient avant de céder. Les voiles déchirées, le moteur noyé ne présageaient rien de bon malgré la passe du port pourtant proche. Tourmentées par de violents ressacs, trois vies humaines, impuissantes à refouler les déferlements de vagues, écopaient leurs assauts en attendant le canot tous temps des sauveteurs en mer. Pour cet équipage en sursis, l’attente d’une main-forte leur jetant un cordage. Pour lui, l’espoir d’arriver sur zone au plus vite et ramener les survivants. Pour ensuite, de retour au port, consigner le quotidien du sauvetage. Il s’éloignait de son bureau et de sa radio vhs quand la mer somnolait. La plage de la Corniche lui tendait ses bras langoureux et salés. Il aimait l’arpenter de long en long, seulement détourné de son cap par une vaguelette qui lui léchait les semelles et semblait lui dire : tu vois, je sais aussi être bienveillante… Ce matin-là, dans un élan d’amertume, elle avait jeté sur le sable une forme humaine. Soudainement, dans sa tête, les ondes courtes recrachaient l’appel de détresse se mêlant à la sirène du Sémaphore. Les coups de butoir de la mer se réveillaient pour se confondre avec les martèlements de son cœur. Il sortit son portable de la poche et cliqua du pouce, parmi les favoris, le numéro du commissariat de police. « Il me faut une trousse aux morts, plage de la Baleine » . Il aimait désigner ainsi les sacs mortuaires à usage unique, à fermeture éclair. Un clin d’œil à son Hitchcock préféré, et à l’énigmatique Eva Marie Saint. Il redoutait toujours cet instant, malgré son trait d’humour noirci d’amertume… À l’issue d’une autopsie dont il devinait le résultat, il faudra contacter ce visage qui dévorait ses nuits toujours plus courtes. Le corps de son Eva va lui être rendu et pourra rejoindre les siens au cimetière des Saintes-Maries. Le ronflement d’un Canadair se rapprochant lui fit lever la tête. Il l’avait aperçu un peu plus tôt au-dessus des salins. L’appareil le survola, lui fit signe d’un battement d’ailes, puis vira à gauche vers le large pour revenir à la perpendiculaire de la côte, en direction de l’étang. En rase motte, le délicat survol soulevait le sable sur son passage, à quelques mètres des lignes à haute tension. C’était la période d’exercices des bombardiers d’eau, du remplissage de cuve dans les plans d’eau au largage sur cible. Il rendit le salut au pilote d’un battement de bras. C’était son fils qui venait de rejoindre l’escadrille du Sdis 34 **, et se préparait à affronter la saison des feux, toujours plus longue. Fierté d’un père pêcheur de vies pour un fils au destin parallèle. Seulement séparés par l’altitude, accolés quand l’avion effleure les flots de son étrave jaune et rouge. Instinctivement, comme pour évacuer une émotion qu’il ne pouvait saisir, il se mit à courir le long de la grève en attendant l’ambulance. De retour au quartier des Quilles, il gara sa voiture au parking souterrain, près du bac à sable incendie. Il y plongerait volontiers sa main si les mégots accumulés ne l’obligeaient à refouler cet instinct juvénile. Résignés à un sombre destin, ces infortunés fragments de coquillages patientent en attendant d’étouffer un départ d’incendie à coups de pelle. Un de ces mégots mal éteints, une nappe d’huile et ils rejoindront les flots, poussés vers un avaloir par de bienveillants jets d’eau. Ici-bas, ils égrènent leur chapelet, cloitrés dans leur cachot de béton en attendant le retour à la mer patrie, qui les fera à nouveau voyager au gré de ses courants et du caprice des vents. * La Société Nationale de Sauvetage en Mer, seule orga­ni­sa­tion agréée dédiée au sauve­tage en mer en France. ** Le Service Départemental d’Incendie et de Secours de l’Hérault. Photo : La Mort aux trousses (North by Northwest), Cary Grant et Eva Marie Saint
par Jean-Renaud Cuaz • 3 octobre 2026
C’ÉTAIT IA OU MOURIR Un être humain vient de publier C’était ça ou mourir , roman relatant le parcours d’un migrant haïtien qui traverse une douzaine de pays avant d’atteindre le Canada. La critique applaudit à juste titre . Les lecteurs suivirent. La télévision s’en mêla. L’éditeur imagina les bandeaux de couverture pour un prix littéraire alors que le Goncourt inscrivait le livre sur sa liste. Bref, tout était parfaitement normal dans le monde merveilleux de l’édition parisienne. Jusqu’à ce qu’une intelligence artificielle décide de mettre son grain de sel. Ou plutôt que des humains demandent à des intelligences artificielles de déterminer si un humain avait écrit son propre livre. Il fallait y penser. Depuis des siècles, la littérature avait pourtant trouvé un moyen relativement simple de juger les écrivains : on lisait leurs livres. On pouvait les trouver magnifiques, médiocres, prétentieux, bouleversants, illisibles ou géniaux. On pouvait même — luxe suprême — ne pas être d’accord. Mais nous vivons désormais à une époque où lire ne suffit plus. Il faut authentifier. Le roman fut donc passé à la machine. Puis à une autre machine. Puis à une troisième, histoire de donner à l’affaire toute la solennité scientifique nécessaire. Pangram conclut que l’intelligence artificielle avait probablement participé à l’écriture des 34 chapitres. GPTZero arriva à une conclusion similaire. Winston , lui, fut beaucoup plus nuancé, puisqu’il trouva des passages allant de 12 % à 66 % susceptibles d’être humains. La page des remerciements, en revanche, rallia les suffrages : 100 % humaine. On attend désormais avec impatience le premier prix littéraire décerné au meilleur paragraphe de remerciements. Il y a quelque chose, sinon de pourri au royaume du bookmark , du moins d’irrésistiblement comique dans cette affaire. L’auteur affirme avoir commencé son livre en 2017 et terminé un premier manuscrit en 2019. C’est-à-dire à une époque où l’intelligence artificielle générative n’avait pas encore envahi nos écrans, nos bureaux, nos écoles, nos entreprises et nos conversations. Mais peu importe. L’algorithme soupçonne. Donc l’homme doit se justifier. Bienvenue dans la littérature médico-légale. Demain, avant de publier un roman, l’auteur devra probablement déposer son manuscrit chez un laboratoire agréé. On analysera son ADN stylistique, la fréquence de ses adjectifs, la longueur moyenne de ses phrases et la proportion de ses métaphores naturellement produites par son cerveau. Un expert pourra alors déclarer : « Après analyse approfondie, nous estimons que ce paragraphe est humain à 73,4 %. » 73,4 % ! Le reste ? Mystère. Peut-être la machine. Peut-être le stagiaire. Les spécialistes reconnaissent pourtant que les détecteurs d’IA sont loin d’être infaillibles. Certains sont particulièrement fragiles lorsqu’ils analysent des textes qui ne sont pas en anglais. Le patron de Pangram avance un taux de faux positifs extraordinairement faible, tout en reconnaissant que ce taux n’a pas été confirmé par des études indépendantes. Ce qui n’empêche évidemment personne de s’en servir comme d’un détecteur de mensonges littéraire. Après tout, pourquoi faire compliqué ? Il suffit désormais de demander à une machine si une autre machine a écrit le livre d’un homme. Et si la machine dit oui, l’homme est prié de produire les preuves du contraire. On comprend que le monde de l’édition soit quelque peu nerveux. Car l’IA menace évidemment de bouleverser la profession. Les éditeurs redoutent les « livres parasites », les auteurs s’interrogent sur ce qu’ils auront encore le droit de demander à une machine, et certains songent déjà à apposer sur leurs couvertures un label garantissant une œuvre « 100 % humaine ». Ah, le merveilleux concept du 100 % humain… Il faudra donc désormais certifier l’écrivain comme on certifie un produit alimentaire. Sans IA. Sans conservateur. Sans colorant. Sans algorithme. Élevé en liberté dans un bureau à la campagne. Nourri au café. Écrit à la main entre deux crises existentielles. On pourrait même imaginer une nouvelle réglementation : pour obtenir le label, l’auteur devra signer une déclaration sur l’honneur certifiant qu’il n’a jamais demandé à une IA de trouver un synonyme, de corriger une faute, de proposer un titre ou de lui expliquer pourquoi son troisième chapitre était complètement raté. Car voilà le paradoxe : l’IA est déjà partout, mais la littérature voudrait encore croire qu’elle pourra installer une frontière hermétique entre l’homme et la machine. Bonne chance. L’affaire aura au moins révélé quelque chose de beaucoup plus intéressant que la seule question de savoir qui a écrit quoi : notre époque commence à avoir peur de ne plus savoir reconnaître l’humain. Et cette peur est peut-être plus révélatrice que les résultats des détecteurs. Car si un texte nous bouleverse, faut-il vraiment savoir si son auteur a utilisé un logiciel pour chercher un mot ? Si un roman raconte une expérience humaine, doit-on désormais vérifier la composition moléculaire de chaque phrase avant de décider si elle mérite d’être lue ? La littérature risque ainsi de devenir une discipline assez particulière : on ne demandera bientôt plus à l’auteur « Pourquoi avez-vous écrit ce livre ? », mais « Pouvez-vous prouver que vous l’avez écrit ? » Et peut-être qu’un jour, au Goncourt, le jury ne lira même plus les manuscrits. Il les fera scanner. Une machine donnera son verdict. Une autre vérifiera le verdict. Une troisième certifiera que les deux premières sont bien des machines. Puis un quatrième algorithme évaluera leur degré d’humanité. Et pendant ce temps, quelque part, un écrivain écrira tranquillement une phrase. Une phrase imparfaite, inutile. Une phrase magnifique. Que personne n’aura pensé à demander à une machine de valider. Ce jour-là, peut-être, il sera définitivement trop tard. Car C’était ça ou mourir aura changé de sens. Ce n’était plus seulement l’histoire d’un homme qui devait fuir pour survivre. C’était l’histoire d’un écrivain qui devait prouver qu’il était encore vivant. Et dans le grand tintamarre de l’intelligence artificielle, il ne restera bientôt plus qu’une question à poser : Qui, de l’homme ou de la machine, aura finalement le dernier mot ? On peut toujours demander à ChatGPT . Mais attention. Il faudra d’abord vérifier qu’on est bien humain. L’autre jour, en me connectant à Doctolib , l’interface m’a demandé de cocher la case Je suis humain . Ceci afin d’éviter, sur le point de choisir une date de rendez-vous, qu’un robot souffreteux ne prenne ma place. (Illustration : Leon Tolstoï à son bureau par Ilya Repin (1891)
par Jean-Renaud Cuaz • 26 septembre 2026
Dans Gardien de Muse , Serge Neyrat transforme une fonction que l’on imagine plutôt silencieuse — surveiller les salles du Musée Ingres Bourdelle — en matière poétique. Le recueil rassemble une trentaine de poèmes nés d’une expérience très particulière : passer des journées entières face à des chefs-d’œuvre, sans toujours savoir au départ quoi en penser. Le narrateur se présente volontiers comme un gardien « sans grande culture », débarqué au milieu des toiles de Jean-Auguste-Dominique Ingres et des sculptures de Antoine Bourdelle un peu comme un promeneur entré par hasard dans un temple. Peu à peu pourtant, les œuvres d‘art cessent d’être de simples objets accrochés au mur, posés sur un piédestal : elles deviennent des compagnons de service, presque des collègues de travail. On finit par connaître leurs caprices, leurs bizarreries et leurs réputations. Les poèmes évoquent ainsi avec une ironie bon enfant quelques figures incontournables du musée. La célèbre Grande Odalisque apparaît avec ses courbes « discutables », mais sublimées par l’image en regard du poème. Tandis que l’ombre de Raphaël plane sur les ambitions d’Ingres. Du côté de la sculpture, la puissance de Héraclès archer rappelle que les muscles en bronze peuvent impressionner même un gardien pourtant habitué aux visiteurs turbulents. Mais derrière ces rencontres artistiques se glisse la vie très concrète du musée : les rondes quotidiennes, les visiteurs rêveurs ou distraits, et les longues heures où l’on finit par discuter mentalement avec les tableaux. L’humour affleure souvent, comme si l’auteur s’amusait du contraste entre la grandeur des oeuvres et la modestie du gardien chargé de veiller sur elles. Au fil du recueil, l’art finit pourtant par gagner la partie. Ce qui n’était au départ qu’un travail devient une familiarité presque affectueuse. Et lorsque vient l’heure de penser à la retraite, le gardien réalise qu’il aura passé trente ans à converser, mine de rien, avec quelques génies de l’histoire de l’art. Une chose est sûre : les muses ne sont jamais loin de leur gardien. Ce recueil est né de projets atypiques menés en partage. Celui d’un surveillant de musée qui, entouré d’œuvres d’art durant trente années, devient passeur de mémoire. Celui d’une poétesse qui découvre cet homme discret et son histoire, l’invite à faire de ses souvenirs et réflexions une matière poétique, accompagne cette démarche de son regard et de ses photographies, et qui à son tour, devient passeuse de récit. Celui, enfin, d’un éditeur qui, donnant à cette aventure son titre et une forme palpable, se réjouit de voir un Gardien de Muse cheminer jusqu’à ses lecteurs. Avec le précieux soutien de l’équipe du Musée Ingres Bourdelle, ils offrent ainsi à l’ancien palais épiscopal une destinée inattendue, recueillir des confessions d’un nouveau genre. Celui d’une poésie illustrée qui éclaire le lieu et les œuvres d’une émotion insolite, capable de toucher au-delà d’un parcours muséal. Né à Montauban en 1963, Serge Neyrat est surveillant de salle au musée Ingres Bourdelle depuis plus de trente ans. Ancien boulanger, balayeur puis ripeur, il a trouvé dans les salles du musée un écrin pour son regard et sa poésie. Fidèle compagnon des oeuvres et des visiteurs, « celui qui se déplace toujours avec une chaise » signe aujourd’hui un recueil de trente poèmes. Comme un passeur de mémoire, il nous invite à parcourir le musée de ses rêves, pour en faire le nôtre. Jean-Renaud Cuaz, Éditeur À paraître : Gardien de Muse Trente poèmes d’un Surveillant de salle du Musée Ingres Bourdelle de Montauban 68 pages | Format : 210 x 148 mm 15 € | ISBN 9-782487-131552
par Jean-Renaud Cuaz • 26 septembre 2026
LES RENDEZ-VOUS CULTURELS D’OCTOBRE Rencontrer, voir, lire, écouter et ne rien rater dans les semaines à venir
par Jean-Renaud Cuaz • 10 septembre 2026
La Pointe Courte (1955) La photographe Agnès Varda tourna en amateur, à l’aide d’un financement coopératif, son tout premier long métrage de fiction, La Pointe Courte , dont la minuscule péninsule tenait le rôle-titre. Elle disait avoir été fascinée par « la lumière écrasante » de ce « quartier insolite ». Le film aura une influence moins perceptible sur les Pointus que sur les cinéphiles à travers le monde, un film « libre et pur, miraculeux. Le premier son de cloche d’un immense carillon », selon la critique quasi unanime. LA NOUVELLE VAGUE , une fois déferlée, a fait émerger dans l’eau ceux qui nageaient sans maillot. De jeunes Parisiens ordinaires en quête d’amour, d’indépendance et de dialogues simples, ne s’occupant que de leurs petites affaires. Souvent oisifs et ne craignant pas d’enfreindre la loi. Sourds à la société et à la famille qu’ils voient en noir et blanc. À l’origine, le terme nouvelle vague était une expression sociétale, mais très vite, une campagne publicitaire du Centre national de la cinématographie — un fonds public qui transforme les cinéastes en fonctionnaires — lui collera une étiquette exclusivement septième art. Pour résumer l’intrigue, c’est l’histoire d’un groupe de critiques surnommés Jeunes Turcs qui, voulant devenir réalisateurs, ont profité de l’apparition de caméras et magnétophones mobiles aisés à manipuler, créant l’effet miroir du regard caméra cher à ce mouvement, sans passer par le parcours traditionnel de la profession. Submergeant le mal-être d’une jeunesse d’avant 1968 aussi déboussolée que révoltée, la Nouvelle Vague fut considérée par une partie de la critique comme un truquage, voire une escroquerie, lui reprochant de se complaire dans la « monarchie gaulliste ». “Pour les blessures de l’âme, la photographie ne suffisait pas.” Agnès Varda, à propos de La Pointe Courte Galvanisée par la cinégénie des décors et de ses occupants, les presqu’insulaires Pointus, Agnès Varda s’embarqua pour des joutes contre les scénarios littéraires et les jeux d’acteur surannés venus du théâtre. Le film fut dévoilé le 10 mai 1955 au Festival de Cannes, pour une sortie nationale le 4 janvier 1956. Avant celle-ci, il fut présenté en avant-première à Sète au cinéma le Colisée le 27 août 1955. Ce jour-là, la cinéaste avait retenu cette réflexion dans l’assistance : « Ce serait pas mal s’il n’y avait pas ces deux bourriques ! » faisant sans peine allusion à Silvia Monfort et à Philippe Noiret qui débutait au cinéma. Le saviez-vous ? C’est Francis Crouzet , ancien conseiller général, initiateur de la statue L’Ajustaïre du Cadre royal, défenseur de l’environnement et du quartier de la Pointe Courte, qui fut à l’initiative de donner le nom d’Agnès Varda à l’une de ses traverses. Demande entérinée par le maire de l’époque, Yves Marchand. Le film n’a jamais bénéficié d’une véritable distribution commerciale et sa diffusion s’est surtout faite dans les ciné-clubs. Aucune affiche n’a donc été créée en 1955, ni pour sa présentation à Cannes (10 mai), ni pour son avant-première au cinéma Le Colisée de Sète (27 août), ou pour sa sortie nationale le 4 janvier 1956. Seuls des tracts et des annonces étaient distribués ou diffusés. Les affiches du film que l’on peut voir sont donc postérieures. DISTRIBUTION Silvia Monfort elle Philippe Noiret lui Les Pointus eux-mêmes FICHE TECHNIQUE Réalisation, scénario Agnès Varda Chef opérateur Louis Stein Assistants opérateurs Paul Soulignac, Bernard Grasberg, Louis Soulanes Montage Alain Resnais, Henri Colpi Assistante montage Anne Sarraute Musique Pierre Barbaud et thèmes folkloriques locaux Conseiller technique Carlos Vilardebó Conseillère artistique Valentine Schlegel Scripte Jane Vilardebó Régisseur général Jean-Pierre Bonfils
par Jean-Renaud Cuaz • 25 août 2026
LES RENDEZ-VOUS CULTURELS DE SEPTEMBRE Rencontrer, voir, lire, écouter et ne rien rater dans les semaines à venir
par Jean-Renaud Cuaz • 20 août 2026
Mariés, tenez-vous bien, voici la jeunesse qui arrive ! Cette joviale mise en garde accompagnait l’air joué au moment de la charge des jouteurs arc-boutés sur leur tintaine. Une rivalité fondée sur l’état civil et la couleur des deux barques, bleu pour les célibataires, rouge pour les mariés. Avant que les tournois ne s’ouvrent aux demoiselles et aux dames, on compensa ce sectarisme par des prénoms féminins donnés aux barques : Mathilde, Véronique, Fanny, Blanche… Question d’équilibre, là aussi. Il fallut attendre le 30 août 1891 pour voir ce privilège jeté à l’eau par deux Cettoises, les sœurs Élise et Anna Sellier. Et le 18 août 2022 , pour voir naître le premier tournoi féminin de la Saint-Louis, après deux années de réflexion sans joutes, dues à une pandémie dévastatrice, mais somme toute salutaire. Élise et Anna Sellier, pionnières de la Saint-Louis Deux jeunes sœurs originaires du quartier de la Bordigue ont eu l’honneur, le 30 août 1891 , d’ouvrir le Grand Prix de la Saint-Louis. Elle furent autorisées à combattre sur la tintaine sous les regards dubitatifs d’une foule plus habituée à de mâles silhouettes. Sous une apparence frêle et juvénile — Anna, la plus jeune, n’avait que 17 ans — rien ne prêtait à confusion malgré leur sportivité. Un corsage à col marin sur une longue et ample jupe, un chapeau à larges bords relevés sur le devant. Leur poitrine arborait une cocarde aux couleurs de leur barque et une médaille gagnée dans un concours à Marseille. Leur père, Pierre Sellier, pêcheur à la Pointe Courte, les avait endurcies par des sorties sur l’étang parfois houleuses. Une tintaine sur un placide canal, fût-il un Cadre royal plein comme un œuf, ce lundi de la Saint-Louis, n’allait pas les effaroucher. Dans son compte-rendu, le journaliste de l’Éclair écrivit : « C’est la plus jeune des deux sœurs, Mlle Anna, qui, à la deuxième passe, expédia Élise à l'eau. Un exploit jamais réalisé à ce jour par aucun jouteur. En réalité, c'est deux adversaires qu'Anna envoya au bain... sa sœur étant dans une situation intéressante… » Car Élise était aussi tombée… enceinte. Le grand peintre des joutes Toussaint Roussy, turlupiné par cet assortiment, formula un jugement sans appel : « Après cette épreuve, sympathique, mais peu concluante, est-il permis de croire que pareil exemple soit suivi dans le futur ? Aussi pouvons-nous prédire, sans crainte de nous tromper, que le féminisme n’encombrera de longtemps nos jeux populaires, vu que l’effort physique qu’il faut y déployer ne se prête nullement à la constitution de la femme pour si robuste qu’elle soit. Quoiqu’il en soit, ce fait unique et nouveau ne restera dans les annales que comme un souvenir sensationnel et de la plus grande originalité ». Si la représentation du monde des joutes par Toussaint Roussy ne manquait ni de finesse ni de justesse, comme le montrent les pages de ce livre, sa vision de la féminité se révèlera aussi rustique que l’était son Repoutegaïre. Extraits de : Le Grand Livres des Joutes, de 1900 à 1951 Les Palmarès de la Saint-Louis et des tournois régionaux Publié en 2024 à l’occasion de la 280e édition de la Saint-Louis Auteurs : Jean-Louis Cianni et Jean-Renaud Cuaz Portfolio au format 217 x 300 mm comprenant : • la pochette cartonnée avec rabats • le livret de 68 pages (A4) • 16 feuillets (A4) • 2 feuillets triptyques 3 volets (891 x 210 mm) Isbn : 9-782487-131217 (décembre 2024) Prix public : 25 € Feuilleter et commander le Portfolio ici Illustrations de Toussaint Roussy : Élise et Anna Sellier, aquarelle de Anna, dessin du Repoutegaïre (rouspéteur)
par Jean-Renaud Cuaz • 28 juillet 2026
LES RENDEZ-VOUS CULTURELS D’AOÛT Rencontrer, voir, lire, écouter et ne rien rater dans les semaines à venir
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