LES RENDEZ-VOUS CULTURELS DE MAI

Rencontrer, voir, lire, écouter et ne rien rater dans les semaines à venir

ILIAZD, POÈTE-ARCHITECTE DU LIVRE

Jusqu’au 31 octobre

Musée Pierre-André Benoit à Alès


Le musée PAB d’Alès consacre à Ilia Zdanevitch (1894-1975), dit Iliazd, une exposition qui fait danser la typographie comme rarement. Sur plus de 200 œuvres, ce poète-architecte du livre, transforme la page en terrain de jeu savant, en compagnie de Picasso, Miró, Ernst et toute une bande d’artistes qui n’avaient manifestement pas peur de bousculer les marges. Ici, le livre d’artiste devient une aventure sensorielle : on regarde, on lit, on écoute presque. Le parcours, rythmé en plusieurs étapes, dévoile un créateur total — typographe, éditeur, poète, explorateur de langues étranges — qui compose ses pages comme des partitions. Les mots changent de taille, de ton, de voix ; la lecture hésite, trébuche, repart. Et pourtant, ironie suprême, le visiteur, même un peu déboussolé, cherche vaillamment… à lire de gauche à droite. Car c’est bien là le clin d’œil involontaire de l’exposition : Iliazd invente, déconstruit, réinvente l’espace du livre, mais notre regard, lui, reste discipliné. On traverse des audaces visuelles, des écritures inconnues, des architectures typographiques vertigineuses… tout en suivant ce vieux réflexe rassurant. On ressort ébloui, un peu désorienté, mais fidèle à son cap. Comme si, face à tant de liberté, notre œil avait besoin d’un fil conducteur. Et qu’au fond, même chez les plus grands révolutionnaires du livre, il y a toujours une petite voix qui murmure : avancez, tranquillement… de gauche à droite. (photo : Iliazd, Miro, Le courtisan grotesque © collection particulière)


Plein tarif : 7 €

Demi-tarif : 4 €

Pass individuel annuel : 19 € (visites illimitées dans les 3 musées d’Alès Agglomération)

Ouvert du mardi au dimanche 14h-18h

Contact : 04 66 86 98 69

museepab.fr


Musée PAB (Pierre-André Benoit)

52 montée des Lauriers, Alès

Festival Contes de la Grande Bleue

Histoires d’ici et d’ailleurs

29-30-31 mai

Cœur de ville d’Agde


Le cœur de la cité agathoise devient un véritable port d’escales imaginaires avec les Contes de la Grande Bleue. Pendant deux jours, familles et curieux embarquent pour un voyage plein de fantaisie, entre spectacles, ateliers et jeux en plein air. On passe d’un roi des corbeaux en version franco-occitane à une Poucette dessinée sur sable, avant de s’attarder dans les roseaux pour écouter des histoires murmurées.

La Méditerranée sert de fil conducteur à cette traversée où se croisent langues, traditions et univers poétiques. Entre origami, lectures, musique et même réalité virtuelle, chacun peut explorer à sa manière ce territoire d’histoires. Un festival joyeux et accessible, où l’on vient picorer des récits, s’émerveiller en famille et redécouvrir le plaisir simple — et toujours efficace — de se laisser raconter des histoires.


Tous les spectacles et les ateliers sont gratuits, mais les places limitées

Réservations sur mediatheque-agde.fr ou 04 67 94 67 00

Également sur theatreagathois.fr ou 04 67 94 67 80
Consulter le programme

Festival les Marteaux de Gellone

Du 22 au 31 mai

Montpellier et St-Guilhem-le-Désert


Les Marteaux de Gellone reviennent pour une 9ᵉ édition sous le signe de l’envoûtement. Avant de rejoindre Saint-Guilhem-le-Désert, le festival s’installe à Montpellier et transforme église et salles en véritables chambres d’échos médiévales. Ici, les voix s’élèvent, les cordes vibrent, et le temps semble suspendu.

Entre chants mystiques, récits anciens et instruments oubliés, chaque concert agit comme une incantation. On se laisse happer par les voyages de Margery Kempe, troubler par les reliques chantées, captiver par des créations étudiantes pleines de souffle. Même Dante surgit, comme invoqué, au détour d’une projection.

Le public, complice, circule entre savoir et sensation, entre conférence et frisson. Un festival où l’on n’écoute pas seulement la musique : on s’y abandonne, doucement pris dans le charme discret — et puissant — des mondes anciens.


Tarif normal 20€

Tarif adhérents, partenaires 12€

Tarifs étudiants, jeunes (15-27 ans) et solidaire 5€

Gratuit pour les moins de 15 ans

Le programme journées & soirées

Projection du 24 mai et concert du 25 mai : entrée libre

Réserver vos billets

Festival GraphiMs

Jusqu’au 17 mai

La Fenêtre et les médiathèques de Montpellier Métropole


Le festival GraphiMs revient à Montpellier et dans sa métropole avec une 3ᵉ édition aussi vive que joyeuse, consacrée au thème Corps et Graphisme. Ici, le corps devient terrain de jeu visuel : un sourire, un poing levé, une silhouette dansante ou un visage en portrait, tout se transforme en langage graphique.

Réparti entre cinq médiathèques et le centre d’art La Fenêtre, le festival invite à flâner d’exposition en exposition : affiches de danse, portraits, typographies inspirées du monde animal, installations ludiques et même un certain Oscar, squelette vedette à remplumer lors d’ateliers créatifs. Le tout se visite comme une promenade curieuse et souriante, entre réflexion et fantaisie. On y découvre que le graphisme ne se contente pas d’habiller les idées : il leur donne corps, mouvement et parfois même un brin d’humour. Une belle fête des yeux et de l’imagination.


Infos pratiques et programme complet sur la-fenetre.com

Le site du festival

Le réseau des médiathèques

Feuilletez et commander La véritable histoire de la Tiella de Gaète Feuilleter et commander La cuisine sétoise de Jean Brunelin

Damien Fragnon

Men who sold the World

Jusqu’au 19 juin

Château d’Assas


Une folie montpelliéraine du XVIIIᵉ siècle se met à l’heure des matières vivantes avec l’exposition de Damien Fragnon, sculpteur-céramiste qui transforme la terre en récit. Ici, pas de simple poterie décorative : roches, sables et fragments deviennent œuvres hybrides, entre science-fiction douce et poésie écologique. Portée par le FRAC Occitanie et le Département du Gard, l’exposition invite à une balade sensorielle où la céramique semble respirer. Mention spéciale pour une étonnante sculpture-fontaine présentée hors de son élément, comme un poisson sorti de l’eau… mais toujours bien vivant. On déambule, on observe, on s’interroge : et si la matière avait quelque chose à nous dire ? Entre contemplation et curiosité, cette exposition prouve avec malice que même l’argile peut raconter des histoires — à condition de prendre le temps de l’écouter.


Entrée libre du lundi au vendredi : 9h30-12h et 13h30-17h

Visites commentées tout public par l'artiste les mercredis 6 mai et 3 juin à 10h30 (Entrée libre sans réservation)

Télécharger le dossier de presse


Château d’Assas

1 route de Saint-Vincent, Assas

Adrien Fregosi

Les moyens du bord
Jusqu’au 7 mars 2027

MIAM à Sète


Au MIAM de Sète, l’exposition Les moyens du bord rend un hommage vibrant à Adrien Fregosi (1980-2024), artiste aussi discret que percutant. Peinture, sculpture, photo : tout chez lui part du dessin et d’une économie assumée, presque malicieuse, où quelques formes suffisent à faire surgir des silhouettes, des chiens, des couples… et beaucoup d’émotion. Ses couleurs franches, ses figures simplifiées et ses absences volontaires laissent de la place à l’imaginaire. Ici, rien n’est trop, tout est juste. Le parcours joue aussi les rencontres, en dialoguant avec des artistes qu’il admirait ou côtoyait, du dessin narratif à l’art contemporain le plus libre. On déambule entre familiarité et surprise, dans une exposition généreuse, à l’image de son œuvre : modeste en apparence, mais riche en résonances. Une belle manière de faire beaucoup… avec presque rien (photo : Happy Valentine’s day, love yourself, love each others, love all thing. Fuck capitalism too, 2021)


Contact : 04 99 04 76 44

Ouvert du mardi au dimanche 10h-18h

Fermeture annuelle 1er mai

Le site du MIAM

Télécharger le dossier de presse


Musée International des Arts Modestes

23 quai Maréchal de Lattre de Tassigny, Sète

Jiang Qiong Er

Le souffle du temps

À partir du 19 mai

Narbo Via à Narbonne


Le musée Narbo Via souffle ses cinq bougies avec panache et un joli sens de la fête. Pour l’occasion, l’Antiquité sort de sa réserve et invite l’art contemporain à la danse. Résultat : un anniversaire où statues romaines et créatures mythiques imaginées par Jiang Qiong Er cohabitent avec grâce et curiosité. On déambule entre passé et présent, guidé par un parcours artistique plein de symboles et de poésie. Et soudain, surprise : la danse s’en mêle. Avec le chorégraphe Sylvain Groud, le musée devient scène vivante, les visiteurs spectateurs… et parfois danseurs. Clou du spectacle : un bal participatif où chacun peut entrer dans le mouvement. Ici, on ne se contente pas de regarder l’histoire, on la vit. Une célébration joyeuse, où patrimoine et création s’accordent pour souffler un vent résolument vivant.


Bal participatif gratuit : mardi 19 mai 19h-22h

Ouvert du mardi au dimanche 10h-18h

Contact : 04 68 90 28 90


Narbo Via

2 avenue André Mècle, Narbonne

Expositions EAU, source d’inspirations

Jusqu’en novembre

Musées de Nîmes


L’eau nîmoise coule de source… jusque dans ses musées. Avec L’Eau, source d’inspirations, la ville déroule une saison culturelle rafraîchissante où sciences, art et histoire se mettent au diapason. Du Museum au musée des Beaux-Arts, en passant par le Vieux Nîmes et les cultures taurines, on navigue entre poissons, tempêtes, mythes et paysages cévenols. Expositions, ateliers, conférences : tout invite à plonger dans cet élément aussi vital qu’inspirant. On passe d’un requin naturalisé à des sirènes sculptées, d’images méditerranéennes à des réflexions sur l’avenir de l’eau. Et pour couronner le tout, une Nuit de l’eau où les musées s’animent jusqu’à minuit. Une saison fluide, curieuse et joyeuse, où Nîmes rappelle avec élégance qu’elle n’a pas besoin d’être en bord de mer pour s’entourer d’eau.


Le site des expositions

L’événement sur YouTube

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Toulouse-Lautrec

Créateur d’icônes

Jusqu’au 4 octobre

Caumont Centre d’art à Aix-en-Provence


Niché dans l'un des plus beaux hôtels particuliers du XVIIIᵉ siècle, le Caumont-Centre d’Art met en lumière un sacré magicien de l’image : Toulouse-Lautrec, inventeur d’icônes canailles. Dans une ambiance de Montmartre en effervescence, l’exposition dévoile comment, d’un trait sûr et de quelques détails bien choisis — une écharpe, des gants, une silhouette — il transformait artistes et anonymes en véritables stars. Peintures, affiches et lithographies racontent ce génie de la synthèse, capable d’aller droit à l’essentiel avec une efficacité redoutable. Mais au-delà du style, on découvre aussi un regard tendre, curieux, profondément humain, posé sur danseuses, chanteurs et figures nocturnes. On circule entre cabarets et coulisses, entre éclat et intimité. Une exposition vive et captivante, qui rappelle avec malice que l’art de capter l’attention ne date pas d’hier.


Le site de Caumont Centre d’art

Réserver en ligne


Caumont Centre d’art

3 rue Joseph Cabassol, Aix-en-Provence

Festival du dessin 2026

Viva l’Italia !

Jusqu’au 17 mai

Arles


Avec Viva l’Italia ! le Festival du Dessin d’Arles 2026 promet un joyeux voyage au cœur du génie graphique italien. Exit l’image un peu figée de la Renaissance : ici, on plonge dans un XXᵉ siècle foisonnant, audacieux, parfois déroutant, mais toujours inspiré. Grâce à la Collezione Ramo, le dessin italien se dévoile dans toute sa vitalité, des futuristes aux artistes de l’Arte povera, en passant par les univers métaphysiques de Giorgio de Chirico.

Le parcours fait dialoguer les époques et les disciplines : les célèbres gravures de Giovanni Battista Piranesi côtoient les traits de cinéastes comme Federico Fellini ou d’écrivains tels que Dino Buzzati. La bande dessinée n’est pas en reste avec Guido Crepax, tandis que des artistes contemporains comme Lorenzo Mattotti ou Chiara Gaggiotti prolongent cette effervescence.

Mais le festival ne s’arrête pas à cette exposition phare : une quarantaine de propositions monographiques essaimeront dans Arles, transformant la ville en carnet de croquis à ciel ouvert. Des figures historiques aux artistes plus confidentiels, chacun trouvera de quoi aiguiser son regard. Ajoutez à cela des focus sensibles — notamment autour de Ceija Stojka — et une incursion dans la collection de Marin Karmitz, et vous obtenez un festival à la fois érudit et accessible. En somme, Viva l’Italia ! célèbre un art du trait libre, vivant, et furieusement contemporain. De quoi redessiner, avec légèreté, notre regard sur l’Italie. Cette quatrième édition bénéficie du soutien d’un président d’honneur bardé de trophées, Éric Cantona, ancien footballeur, comédien et… grand collectionneur d’art.


Billetterie

Place de la République, tous les jours 9h30-18h

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Infos pratiques

Directeur de la publication : Jean-Renaud Cuaz
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8 avenue Victor Hugo, 34200 Sète

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par Jean-Renaud Cuaz 25 août 2026
LES RENDEZ-VOUS CULTURELS DE SEPTEMBRE Rencontrer, voir, lire, écouter et ne rien rater dans les semaines à venir
par Jean-Renaud Cuaz 20 août 2026
Mariés, tenez-vous bien, voici la jeunesse qui arrive ! Cette joviale mise en garde accompagnait l’air joué au moment de la charge des jouteurs arc-boutés sur leur tintaine. Une rivalité fondée sur l’état civil et la couleur des deux barques, bleu pour les célibataires, rouge pour les mariés. Avant que les tournois ne s’ouvrent aux demoiselles et aux dames, on compensa ce sectarisme par des prénoms féminins donnés aux barques : Mathilde, Véronique, Fanny, Blanche… Question d’équilibre, là aussi. Il fallut attendre le 30 août 1891 pour voir ce privilège jeté à l’eau par deux Cettoises, les sœurs Élise et Anna Sellier. Et le 18 août 2022 , pour voir naître le premier tournoi féminin de la Saint-Louis, après deux années de réflexion sans joutes, dues à une pandémie dévastatrice, mais somme toute salutaire. Élise et Anna Sellier, pionnières de la Saint-Louis Deux jeunes sœurs originaires du quartier de la Bordigue ont eu l’honneur, le 30 août 1891 , d’ouvrir le Grand Prix de la Saint-Louis. Elle furent autorisées à combattre sur la tintaine sous les regards dubitatifs d’une foule plus habituée à de mâles silhouettes. Sous une apparence frêle et juvénile — Anna, la plus jeune, n’avait que 17 ans — rien ne prêtait à confusion malgré leur sportivité. Un corsage à col marin sur une longue et ample jupe, un chapeau à larges bords relevés sur le devant. Leur poitrine arborait une cocarde aux couleurs de leur barque et une médaille gagnée dans un concours à Marseille. Leur père, Pierre Sellier, pêcheur à la Pointe Courte, les avait endurcies par des sorties sur l’étang parfois houleuses. Une tintaine sur un placide canal, fût-il un Cadre royal plein comme un œuf, ce lundi de la Saint-Louis, n’allait pas les effaroucher. Dans son compte-rendu, le journaliste de l’Éclair écrivit : « C’est la plus jeune des deux sœurs, Mlle Anna, qui, à la deuxième passe, expédia Élise à l'eau. Un exploit jamais réalisé à ce jour par aucun jouteur. En réalité, c'est deux adversaires qu'Anna envoya au bain... sa sœur étant dans une situation intéressante… » Car Élise était aussi tombée… enceinte. Le grand peintre des joutes Toussaint Roussy, turlupiné par cet assortiment, formula un jugement sans appel : « Après cette épreuve, sympathique, mais peu concluante, est-il permis de croire que pareil exemple soit suivi dans le futur ? Aussi pouvons-nous prédire, sans crainte de nous tromper, que le féminisme n’encombrera de longtemps nos jeux populaires, vu que l’effort physique qu’il faut y déployer ne se prête nullement à la constitution de la femme pour si robuste qu’elle soit. Quoiqu’il en soit, ce fait unique et nouveau ne restera dans les annales que comme un souvenir sensationnel et de la plus grande originalité ». Si la représentation du monde des joutes par Toussaint Roussy ne manquait ni de finesse ni de justesse, comme le montrent les pages de ce livre, sa vision de la féminité se révèlera aussi rustique que l’était son Repoutegaïre. Extraits de : Le Grand Livres des Joutes, de 1900 à 1951 Les Palmarès de la Saint-Louis et des tournois régionaux Publié en 2024 à l’occasion de la 280e édition de la Saint-Louis Auteurs : Jean-Louis Cianni et Jean-Renaud Cuaz Portfolio au format 217 x 300 mm comprenant : • la pochette cartonnée avec rabats • le livret de 68 pages (A4) • 16 feuillets (A4) • 2 feuillets triptyques 3 volets (891 x 210 mm) Isbn : 9-782487-131217 (décembre 2024) Prix public : 25 € Feuilleter et commander le Portfolio ici Illustrations de Toussaint Roussy : Élise et Anna Sellier, aquarelle de Anna, dessin du Repoutegaïre (rouspéteur)
par Jean-Renaud Cuaz 28 juillet 2026
LES RENDEZ-VOUS CULTURELS D’AOÛT Rencontrer, voir, lire, écouter et ne rien rater dans les semaines à venir
par Jean-Renaud Cuaz 17 juillet 2026
La mer, la mer, toujours… recommandée ! Dans cette Histoire des bains de mer à Sète , la grande bleue cesse d’être un simple décor. Françoise Lapeyre nous dévoile ce qu’elle fut au XIXe siècle, après une longue période d’appréhension : un remède. On y venait « prendre la vague » comme on va prendre les eaux à Balaruc. Le vitalisme marin attirait des milliers de curistes vers ce qui allait devenir la plus ancienne station balnéaire de la Méditerranée française. La plage était alors une ordonnance, la houle une embrocation salée, l’air marin un adjuvant contre les miasmes urbains. De nos jours, il suffit de contempler la plage de Sète pour croire que tout a toujours été là : le sable, les plagistes, la baignade et les brise-lames. Pourtant, derrière cette apparence, se cache une histoire fascinante des bains de mer curatifs et récréatifs que l’historienne exhume avec une curiosité d’archéologue et un travail de bénédictin. Si la force de cet ouvrage réside dans l’étendue de son propos et dans la richesse de sa documentation — une mosaïque d’archives et de journaux oubliés, correspondances et cartes anciennes, gravures et photographies — l’autrice ne se contente pas de raconter l’histoire. Elle la reconstitue projet après projet, saison après saison, mode après mode… Surgit ainsi au fil des pages, entre des baigneuses crispées et leurs guides-baigneurs, une galerie de portraits déterminants : entrepreneurs audacieux, médecins visionnaires, hôteliers obligeants… Toute une société reprend vie, du Kursaal à la Corniche et la pointe du Lazaret. Et l’on découvre une ville qui invente peu à peu une vocation balnéaire sans jamais renier son identité portuaire et populaire. Françoise Lapeyre nous offre, en redonnant chair à un passé largement effacé par le temps et les transformations urbaines, bien davantage qu’un livre d’histoire locale : un miroir précieux de notre mémoire collective. Une saga sétoise indispensable pour comprendre le charme et l’attrait de la Reine des plages méditerranéennes qui poussa un poète moustachu à se fendre d’une supplique pour passer sa mort en vacance… le long de cette grève où le sable est si fin. Jean-Renaud Cuaz, éditeur HISTOIRE DES BAINS DE MER À SÈTE Des bains thérapeutiques au tourisme balnéaire, de 1812 à nos jours Autrice : Françoise Lapeyre 25 € | ISBN 9-78248131514 Format 30 x 21 cm | 220 pages Couverture rigide
par Jean-Renaud Cuaz 24 juin 2026
LES RENDEZ-VOUS CULTURELS DE JUILLET Rencontrer, voir, lire, écouter et ne rien rater dans les semaines à venir
par Jean-Renaud Cuaz 21 juin 2026
Une fois encore, elle manque le Panthéon. Voilà cent cinquante ans que George Sand a écrasé de sa botte son dernier cigare, et la République hésite encore à lui ouvrir ses portes de bronze quand tant d’hommes s’y sont engouffrés sans pouvoir arborer à la poitrine un chouia de son génie. Mais George avait l’habitude. Toute sa vie, elle aura fait grincer les gonds : pantalons, cigares, amours libres, idées avancées, succès populaire et phénomène médiatique. À Sète, deux Georges ont cultivé une semblable indépendance d’esprit. Georges Bayrou, moins connu du grand public que George, fut tout aussi influent dans un univers footeux en ébullition depuis quelques jours. Ancien joueur international, il prit part à la pire défaite de l’équipe de France — 17 buts encaissés contre le Danemark — le 22 octobre 1908, lors du tournoi olympique de Londres qui se disputa avec 8 sélections d’amateurs, dont 2 formations françaises. L’équipe France A comptait dans ses rangs un ailier sétois : Georges Bayrou. Ce sera son unique sélection en équipe nationale. Pour sa défense, cette année 1908 voit la France enregistrer le pire bilan de son histoire : 5 défaites en 6 matchs, 5 buts marqués pour… 45 encaissés. Devenu président de l’Olympique de Cette puis du F.C. Sète, membre dirigeant de la Fédération française de football, il fut l’un des bâtisseurs du professionnalisme et conduisit le club sétois à ses heures les plus glorieuses. Son nom est encore inscrit sur le vieux stade sétois qui porte sa mémoire. Georges Brassens se méfiait, comme George, des conventions sociales. Les gendarmes, les juges, les cocus et les imbéciles heureux nourrissaient son bréviaire poétique. Il abhorrait l’uniforme, avait coutume d’écorcher le morne costume et de tanner à plate couture ce symbole d’autorité. « Sauf l’uniforme du facteur », disait-il à une époque où l’employé des PTT l’arborait à la manière d’une décoration. Sollicité de toute part pour préfacer livres et disques, un exercice auquel Brassens se soumettait non sans ronchonner, il prit sa plume pour un hommage à un ami, l’accordéoniste Édouard Duleu, et rendit sa préface le 30 septembre 1981, un mois avant qu’il ne signe un recommandé de la Faucheuse. En préfaceur obligé, il écrivait avant d’avaler sa chique : « Si l’enfer existe, on doit y être condamné à faire des préfaces. C’est un exercice qui ne m’enchante pas tellement. Mais comme ce pauvre monde est bourré d’inconséquences, j’ai passé ma vie à préfacer les disques et les livres de mes amis. Ma foi, les copains d’abord, et Édouard Duleu fait partie de la tribu. […] Dans cette région turbulente [NDR, le Nord où Édouard Duleu grandit et entama une carrière de pompier], le seul uniforme qu’on respecte, c’est celui de pompier, sans doute parce que le métier comporte plus de risques que d’avantages, qu’il signifie courage et dévouement, qu’il exclut l’autorité. Un tel uniforme ne vous demande jamais vos papiers. » George rédigeait elle-même ses préfaces, jusqu’à en faire un micro-genre littéraire. Ces avant-propos et dédicaces se lisent comme des vignettes et justifient l’affirmation de l’éditeur Hetzel selon laquelle ils forment « le plus magnifique examen qu’un grand esprit a fait de lui-même ». Le plus savoureux reste que Sand, à en croire ses contemporains, n’était pas une brillante causeuse. Dumas père décocha cette vacherie : «J’aimerais encore mieux lire son livre de dépenses que de causer avec elle ». Le mot aurait certainement amusé Brassens, collectionneur de piques bien tournées. Quant à Bayrou, homme de règlements et de statuts, il se serait plongé avec jubilation dans ces écritures comptables.
par Jean-Renaud Cuaz 27 mai 2026
LES RENDEZ-VOUS CULTURELS DE JUIN Rencontrer, voir, lire, écouter et ne rien rater dans les semaines à venir
par Jean-Renaud Cuaz 21 avril 2026
C’est peut-être là le dernier bastion d’un ordre ancien. On a déconstruit le récit, éclaté les genres, hybridé les supports. Le roman n’est plus tout à fait un roman, l’essai se rêve fiction, la poésie se fait visuelle, sonore, performée. Mais la phrase, elle, persiste à commencer à gauche pour finir à droite, comme si elle ignorait tout du chaos environnant. On imagine que les récents séismes éditoriaux emporteraient aussi ce réflexe millénaire. Qu’après avoir bouleversé la forme, le fond, le modèle économique, on ose attaquer la direction. On lit bien en diagonale. Pourquoi pas en spirale ? Ou mieux encore : en tous sens à la fois, comme ces installations où le spectateur devient lecteur, marcheur, acrobate. Mais non. Nous restons sagement alignés, l’œil rivé à une trajectoire plate. À l’échelle du monde, pourtant, ce cheminement n’est pas à sens unique. D’autres civilisations ont tracé d’autres routes, tout aussi anciennes, tout aussi cohérentes. L’hébreu et l’arabe déroulent leurs phrases de droite à gauche, inversant le mouvement sans troubler la pensée. Le chinois classique, le japonais traditionnel, ont longtemps préféré la verticalité, déroulant le texte de haut en bas, colonne après colonne, comme une pluie de signes. Là aussi, la révolution numérique n’a pas tout balayé : ces systèmes persistent, s’adaptent, cohabitent avec les formats dominants. Mais pour qui a appris à lire de gauche à droite, ces autres directions conservent quelque chose d’exotique, presque déroutant, comme si le sens lui-même changeait avec le sens du regard. Il faut dire que chaque direction impose une discipline typographique particulière. La qualité d’une page ne tient pas seulement à ses mots, mais à la manière dont ils occupent l’espace. En Occident, la tradition a longuement poli l’art de la ligne : justification, césures, interlignage, équilibre des marges. Une bonne typographie se reconnaît à sa discrétion, à cette capacité à se faire oublier pour laisser passer le texte. Mais elle est aussi le produit d’un sens de lecture précis, d’une mécanique du regard. Inversez la direction, et tout est à repenser : les alignements, les rythmes, les blancs. La beauté d’une page hébraïque ou arabe ne repose pas sur les mêmes équilibres ; la verticalité asiatique invente d’autres respirations, d’autres tensions. Et pourtant, partout, la même exigence : que la forme serve le fond, sans jamais l’entraver. Les ingénieurs, les designers, les stratèges du numérique ont bien tenté quelques audaces. Le défilement vertical, d’abord, qui a failli tout bouleverser. Quelle idée étrange : lire de haut en bas ! On a cru un instant que le mouvement allait s’imposer, qu’il reléguerait la lecture horizontale au rang de curiosité historique. Mais très vite, l’horizontale est revenue par la bande. Les lignes restent orientées de gauche à droite, même si l’ensemble descend vers le bas, accentué par la lecture sur écran, le vôtre aujourd’hui… Comme si l’on ne pouvait pas totalement renoncer à cette vieille habitude, sorte de squelette invisible du texte. Et puis il y a les livres numériques, ces objets sans pages qui auraient pu tout permettre. Là encore, occasion manquée. On aurait pu imaginer des textes qui se déploient autrement, qui s’organisent selon des logiques nouvelles, libérés de leur reliure, et libérant le lecteur de cette contrainte directionnelle. Mais la plupart du temps, le livre numérique imite le livre papier avec une fidélité presque touchante. On tourne des pages virtuelles, on simule des marges, on conserve les lignes bien sages, de gauche à droite — ou de droite à gauche quand la langue l’exige — mais sans véritable réinvention formelle. Comme si, au moment de tout réinventer, on avait décidé de ne rien changer d’essentiel. Avec un sens du timing remarquable, intervient la proposition d’une clause de conscience pour auteurs désabusés. Puisque tout vacille, pourquoi ne pas leur offrir le droit de se retirer si l’orientation du contexte heurte leurs convictions profondes ? Refuser une publication au motif que la ligne éditoriale ne va pas dans le bon sens, exiger une diagonale éthique, revendiquer une verticalité engagée. On imagine déjà les contrats : « L’auteur se réserve le droit de rompre en cas d’alignement jugé contraire à son orientation intime. » Après tout, si la forme conditionne le sens, pourquoi ne pas faire de la direction une affaire morale ? Ce serait pousser la logique contemporaine jusqu’à son point d’ironie le plus pur : transformer un geste typographique en question de conscience. Il y a sans doute une part de paresse dans cette persistance. Réapprendre à lire serait une entreprise vertigineuse. Cela supposerait de reconfigurer notre rapport au langage, à la syntaxe, au temps même de la lecture. Car lire de gauche à droite, ce n’est pas seulement une convention graphique : c’est une manière de penser. Une progression, une logique, une causalité. On commence, on développe, on conclut. On suit un fil. On avance. Changer de direction, ce serait peut-être aussi changer de pensée. Et ça, c’est une autre affaire. Mais il y a aussi, dans cette obstination, quelque chose de comique. On imagine volontiers un futur proche où les livres seraient entièrement immersifs, où les textes flotteraient dans l’espace, où le lecteur naviguerait littéralement à l’intérieur des phrases. Et pourtant, même dans ce décor futuriste, il y aurait sans doute quelqu’un pour organiser les mots en lignes, bien alignées, dans un sens ou dans un autre, avec le même souci presque maniaque de l’équilibre typographique, de la régularité, de cette fameuse « couleur » de la page que traquent les typographes. Les éditeurs eux-mêmes, pourtant si prompts à annoncer des ruptures radicales, semblent étrangement silencieux sur cette question. On les entend parler de diversification, d’innovation, de nouvelles écritures, mais jamais — ou presque — de renverser le sens de lecture. Comme si cela relevait de l’impensable, du tabou. On peut tout changer, sauf ça. Il y a des limites à la révolution, et elles passent peut-être par des détails aussi discrets qu’un alignement de texte ou une direction de ligne. Et le lecteur, dans tout cela ? Il s’adapte à tout, ou presque. Il lit sur papier de toute taille, sur écran, sur téléphone. Il accepte les notifications, les distractions, les interruptions permanentes. Il lit par fragments, par bribes, par à-coups. Mais il lit toujours selon une direction apprise, intériorisée, presque corporelle. Comme une fidélité obstinée, presque émouvante. On pourrait y voir une forme de résistance : dans un monde qui change trop vite, garder au moins une chose intacte. Ou bien est-ce l’inverse : une preuve que, malgré toutes les proclamations de rupture, rien n’a vraiment changé en profondeur ? Peut-être que le véritable conservatisme de l’édition ne se situe pas là où on le croit — dans les catalogues, les genres, les auteurs — mais dans ce geste minuscule et quotidien, ce glissement du regard selon un axe donné. Une habitude si profondément ancrée qu’elle échappe à toute remise en question, même quand tout le reste vacille. Il est tentant, finalement, de pousser l’ironie plus loin. Et si ce fameux séisme éditorial n’était qu’un tremblement de surface ? Un bruit, une agitation, une série de transformations visibles, mais qui laissent intacte la structure la plus intime de la lecture ? Comme ces villes reconstruites après un tremblement de terre, où les bâtisses changent mais où les rues conservent le même tracé. Car après tout, lire dans un sens donné, qu’il soit horizontal ou vertical, c’est peut-être la véritable infrastructure du livre. Ce qui ne se voit pas, mais qui conditionne tout le reste. On peut changer les matériaux, les formats, les supports… les directeurs, mais tant que cette direction subsiste — et avec elle une certaine idée de la bonne forme typographique — quelque chose de fondamental demeure. Une continuité discrète, presque invisible, mais tenace. Alors oui, le monde de l’édition tremble. Oui, les repères bougent, les certitudes s’effritent, un abysse isole les cafés de Flore et des Deux Magots du reste de la planète. Mais au milieu de ce cataclysme germanopratin, nos yeux poursuivent leur chemin tranquille, fidèles à une trajectoire apprise — qu’elle aille de gauche à droite, de droite à gauche ou de haut en bas. Et c’est peut-être là, au fond, la grande ironie : dans un univers qui se rêve en perpétuelle révolution, le geste le plus banal, le plus automatique, reste désespérément inchangé. Comme si, pour continuer à avancer de gauche à droite, il nous fallait paradoxalement tourner les pages de droite à gauche. Jean-Renaud Cuaz, éditeur & typographiste
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